Premières impressions du millésime 2020 en Touraine

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Chenonceaux en Touraine

En descendant la Loire, nous nous arrêtons cette semaine en Touraine, patrie des châteaux de la Loire, du français sans accent, des rillettes de chez Hardouin et autres richesse culturelles et savoureuses.

Le millésime 2020 a été, comme dans toute la Loire, très particulier. Petit résumé de l’année avec Philippe Gabillot et Michel Badier, techniciens Chambres d’Agriculture entre Indre-et-Loire et en Loir-et-Cher.


Petit préambule tourangeau

D’un point de vue viticole, la Touraine est beaucoup moins homogène que l’on ne pourrait le supposer. On peut, de manière un peu schématique, la séparer en trois sous-régions. Démarrant à l’ouest par le royaume du Cabernet Franc (avec des appellations comme Chinon, Bourgueil et St Nicolas de Bourgueil) on passe par une parenthèse (enchantée) avec le Chenin (Vouvray et Montlouis mais on n’oublie pas Jasnières ou Mesland) et l’on finit sur la partie orientale, fief du Sauvignon blanc, du Côt et du Gamay (pour ne citer que les cépages les plus importants).


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Le Château de Chambord sous la lune

L’année climatique 2020

On peut sans aucun souci séparer l’année 2020 en deux périodes très distinctes. Un hiver doux et humide et une période sèche. Les précipitations de l’hiver ont permis à la vigne de ne pas souffrir du manque d’eau (à l’exception du début de l’automne). Cette douceur hivernale a entraîné un démarrage des vignes parmi les plus précoces jamais enregistrés.

Les gels de printemps, si meurtriers pour la région ces dernières années, ont épargné le vignoble. Seules trois matinées ont frisé les 0°C mais sans aucune conséquence pour la récolte.

Début juin, on s’attendait à une très grosse récolte. Au final, la récolte est très bonne mais inférieure à 2018.

D’un point de vue sanitaire, pas de souci majeur excepté une surveillance un peu plus serrée sur l’oïdium. Les symptômes des maladies du bois se sont, par contre, énormément exprimés dès le 15 juillet, certainement à cause du manque de précipitations.

C’est au niveau du mois d’août que l’on peut voir une différence forte dans les maturations. Si les températures caniculaires ont grillé des raisins rouges un peu partout, dans la partie Ouest de la Touraine, c’est surtout l’évolution des cabernets francs qui a été stoppée par le manque d’eau et la canicule. La vigne s’est bloquée tout en emmagasinant de l’énergie. Les premières pluies de septembre ont débloqué la maturation qui s’est alors accéléré. Dans la partie Est, pas de blocages observés et une maturation plus rapide en août.

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Les abeilles aiment les vignes de Bourgueil

Plus de vacances estivales pour les vignerons ?

Précocité dès le démarrage des vignes et très beau temps en été ont entraîné un début des vendanges en août pour la plupart des vignobles (avec un départ encore plus précoce pour les raisins à « bulles »).

Les cabernets francs, eux, commencent à être ramassés le 14 septembre avec des vendanges qui vont aller s'accélérant pour cause d’augmentation du sucre très rapide.

Pour les techniciens tourangeaux, le millésime 2020 confirme des tendances lourdes pour le travail dans les vignobles. Les 100 jours entre la floraison et la récolte ne veulent plus rien dire, il faut être tout le temps dans ses vignes, ne plus partir en vacances en août et être en capacité de vendanger très rapidement.

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Thierry Michaud, vigneron émérite en Touraine

Des premières dégustations pleines de plaisir

Les premiers vins dégustés reflètent parfaitement un millésime riches d’épisodes climatiques excessif.

Au niveau des « rouges de l’Ouest », on déguste des 2020 pleins de fruits, gourmands, des vins de plaisir. La très belle qualité des raisins y est bien sûr pour beaucoup mais il faut également noter des techniques d’extraction beaucoup plus douces et une réduction très forte de l’usage du SO2 qui permet d’avoir des tannins plus souples.

La palette des styles dégustés à Vouvray et Montlouis est très large avec des vins très gourmands et d’autres plus charpentés et plus riches, aptes à la garde.

Côté oriental, on note des vins blancs avec un profil très ligérien malgré la richesse en alcool. Une fraîcheur bienvenue est apportée par une acidité qui s’est maintenue.

Les rouges, bien mûrs, sont corsés et sont pleins de promesses.

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Les vins de Vouvray entrent en hiver

Au final, aux dires des deux techniciens, un millésime stressant mais passionnant pour une très belle année 2020 en Touraine.

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