Premières impressions du millésime en 2020 en Anjou-Saumur


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Les vignes de Savennières sous le soleil de juillet

Après une petite pause « primeurs » on reprend notre descente de Loire spécial millésime 2020 avec l’Anjou-Saumur. Et c’est avec Jean-Michel Monnier, œnologue-conseil qui travaille avec de nombreux domaine angevins et saumurois, que nous revenons sur cette année si particulière. (chiffres issus de InfoViti49 bulletin édité par l'ATV 49)


Des températures moyennes exceptionnelles

La douceur angevine n’a jamais aussi bien porté son nom qu’en 2020. En effet, dès le mois de janvier et ce jusqu’à la récolte les températures observées ont toujours été au-dessus des normales saisonnières. Sur 12 mois (de septembre 2019 à octobre 2020), la moyenne des températures a été de 1,3° C au-dessus des moyennes.

Les précipitations ont été, contrairement à d’autres régions du Val de Loire, d’un niveau assez classique avec notamment quelques déficits en janvier et en mai.


Chenin blanc

Le millésime 2020 en Anjou-Saumur a été, comme partout, très précoce à tous les stades de la vigne. Les conditions climatiques pendant la floraison ont été idéales avec un bel ensoleillement et des températures autour de 19°C. Toutefois, au-delà de la précocité, c’est surtout l’hétérogénéité qui a frappé les techniciens avec des différences assez marquées entre les parcelles et parfois dans la même vigne. La véraison des Cabernet franc s’est ainsi étalée sur plusieurs semaines pour se terminer début septembre.


Un départ de vendanges en plusieurs temps

L’Anjou-Saumur, la région viticole la plus grande du Val de Loire, est riche de ses nombreux cépages mais également des types de vins produits et cette richesse implique que la durée des vendanges est certainement la plus longue du Val de Loire.

Ainsi début juillet, les maisons de Saumur avaient prévu de pouvoir démarrer les vendanges des cépages « à bulles » dès le …10 août. Les fortes chaleurs de fin juillet et de la première quinzaine d’août ont causé un stress hydrique parfois sévère qui a ralenti la véraison et décalé les premiers coups de sécateurs au 17 août, le gros de la troupe suivant le 20 août, les premiers chenins "effervescents" clôturant la marche début septembre.


Pour les vins tranquilles, les gamays et pinot noir vont démarrer dans les premiers jours de septembre. « En 2020, il fallait mieux caler ses vendanges sur la maturité aromatique et phénolique plus en avance qu’une année classique et moins sur le rapport sucres/acidité. Cela a permis d’avoir beaucoup de fruits sur les rosés et de vinifier des rouges moins hauts en degré tout en étant très aboutis ».


Côté rosés, on a attaqué par le grolleau et le pineau d’Aunis, rentrés en cave dès le 7 septembre suivi du cabernet franc à partir du 11 septembre.


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Le tri flottant

Côté rouges, il a fallu attendre un peu plus pour une maturité optimale du cabernet franc. Le cabernet sauvignon, moins en avance a, lui, demandé une attention plus particulière, souffrant d’une petite hétérogénéité entre les grappes d’une même parcelle.


Le roi chenin

Pour les secs, comme en Savennières ou en Anjou blanc, les premiers raisins vendangés dès le 8 septembre ont donné des arômes très fruités avec notamment du pamplemousse. Les grappes ramassées à partir du 20 septembre étaient plus marquées par des notes de fruits légèrement compotés.


Pour les moelleux, l’épisode pluvieux de début septembre suivi de fortes chaleurs a entrainé un dessèchement des raisins, les premiers tris intervenant dès la troisième semaine de septembre parfois en même temps que la récolte des secs.

Les tous derniers domaines ont encore récolté quelques grappes vers les 4 et 5 novembre, la très grande majorité des vignerons en avaient terminé vers le 20 octobre. Pour Jean-Michel « Quand j’ai démarré en 1989, on était content lorsque l’on terminait les vendanges mi-novembre, on a véritablement changé d'époque. »


Des fermentations sans trop de soucis

Les fermentations ont été souvent très rapides, avec quelques petits bémols pour certains moûts en déficit d’azote qui ont parfois connu un ralentissement sans conséquence.

Pour les rouges, les fermentations malolactiques se sont enclenchées très tôt et n’ont duré que 4 à 5 jours dès début novembre voire fin octobre. La faible concentration en acide malique et des acidités 2020 dans la moyenne inférieure expliquent cette étonnante rapidité.

Qu’est-ce qu’on déguste à la cave?

« Pour les chenins secs, récoltés pour faire des cuvées de printemps, on a des nez très floraux avec du magnolia, du chèvrefeuille et du tilleul avec des pointes de pamplemousse, les vins étant portés par une belle fraîcheur. Pour les vins de garde, souvent fermentés en fût, on retrouve de l’abricot, de la pêche et du coings mûrs mais pas compotés. Les bouches sont très rondes avec une petite pointe de sucres résiduels.


Les rosés sont, eux, « explosifs » avec des notes de bonbons de pamplemousse et des fruits rouges frais : des vins gourmands et pleins de jovialité.


Les rouges sont ronds et veloutés, élégants avec déjà des tanins faciles et soyeux.


Pour les liquoreux, on parlera plutôt de moelleux-tendres en 2020. Issus de la concentration et de pourriture noble, on retrouve au nez de la mangue et des fruits de la passion. Les bouches, veloutés et tendres, sont soutenues par une légère fraîcheur qui rend les vins très digestes".


Un millésime angevin, là encore surprenant mais, au final, une récolte 2020 généreuse dont les grandes qualités sont déjà bien marquées.

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