Le Muscadet sur lie n'est plus...

Alors qu’à partir de ce 1er Mars, on peut embouteiller les premiers « sur lie «, le Muscadet ne fait plus partie de la fête. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut plus se régaler avec des « sur lie » en Pays Nantais. Explications et éclairages sur le millésime 2020 avec Romain Mayet, technicien à la Fédération des Vins de Nantes.

Vignoble du Muscadet © Emeline Boileau

Nouvelles règlementations en Muscadet

Le Pays Nantais est une très grande et très belle région viticole qui a connu depuis plus de 25 ans de profonds bouleversements et une réduction drastique de ces surfaces de production (50%). Mais, comme dans toute crise, on a également assisté à l’émergence d’une nouvelle génération, des vignerons qui ont pris leur destin en main pour que les amateurs redécouvrent ce vignoble et ses superbes vins issus du Melon de Bourgogne.

C’est dans ce cadre que les cahiers des charges des Muscadet ont été remaniés et le changement le plus spectaculaire est la disparition de la mention « sur lie » pour l’appellation Muscadet (on dit souvent Muscadet AC). L’autre changement notable est la possibilité de pouvoir assembler au Melon de bourgogne du Chardonnay dans la limite de 10%.

Melon de Bourgogne © Emeline Boileau

Muscadet Sèvre-et-Maine, Coteaux de la Loire et Côtes-de-Grandlieu peuvent toujours être « sur lie »

Question préliminaire : Pourquoi fait-on du sur Lie ? "C’est une mention utilisée depuis la fin des années 70 qui était alors la transcription d’us et coutumes de la région. L’usage voulait que l’on conserve les vins sur lies totales dans des cuves souterraines verrées. Ces cuves amènent un bon équilibre car elles sont moins étanches que l’inox mais plus que le bois. L’inertie thermique est également plus forte et l’utilisation de soufre très raisonnable."

Techniquement, l’autolyse (autodestruction) des levures nourrit le vin, amène de la complexité, du gras et conserve le gaz carbonique, très intéressant pour la conservation et qui amène un léger perlant (çà émoustille la bouche). On mettait donc les vins en bouteilles à l’approche du printemps. "Les anciens disaient qu’il fallait que les vins aient fait leur Pâques."


Mais, me direz-vous, quasiment tous les vins sont élevés sur lie

C’est vrai mais, à une ou deux exception près, seule la région Nantaise a codifié ce terme « sur lie ». Pour qu’un vin puisse en bénéficier, il faut donc qu’il reste sur ses lies de fermentation jusqu’au 1er mars minimum, date à laquelle, on peut commencer à l'embouteiller et ce jusqu’au 31 décembre de l’année (contre le 1er novembre auparavant).

Pourquoi ces dates ? "Le principe est de garder le fruité, les notes florales, la fringance, bref la jeunesse des Sur Lie". A noter qu’un Muscadet Sèvre et Maine sur lie est forcément embouteillé dans le chai de vinification afin de conserver toutes ses qualités.

Et les crus dans tout ça ?

Il y a aujourd’hui 7 crus dans l’appellation Muscadet Sèvre-et-Maine. Ces dénominations géographiques complémentaires (c’est le terme légal) sont, par ordre alphabétique : Château-Thébaud, Clisson, Gorges, Goulaine, Monnières-Saint-Fiacre, Mouzillon-Tillières et Le Pallet.

Trois autres sont en cours d’instruction, Vallet et la Haye-Fouassière en Muscadet Sèvre-et-Maine et Champtoceaux en Muscadet Coteaux-de-la-Loire.

Nous reviendrons dans un prochain post sur ces crus et leurs caractéristiques propres mais, en schématisant, on peut dire que les professionnels ont identifié des zones particulières, décidé de pratiques culturales spécifiques et choisi des élevages longs, voire très long avant la commercialisation de ces crus. Ces crus ne mentionnent donc pas « sur lie » car leur élevage entraîne un niveau de CO2 plus bas, des vins plus riches et donc des styles vraiment différents des « sur lie ».


Premières impressions des Muscadet 2020

"Même si avec la crise du Covid, j’ai goûté un peu moins de vins en ce début d’année, on est sur un très beau millésime, un peu plus contrasté en terme de maturité (alors que 2018 et 2019 étaient très homogènes)".

"La précocité était exceptionnelle mais le stress hydrique a un peu changé la donne ainsi que la pluie de mi-août qui a fait un peu peur mais, au final, a débloqué la maturation. Les parcelles un peu plus précoces ont peut-être un peu plus de mal, n’ayant pas profité de cette eau.

Il y a eu un peu moins de rendement que prévu à cause de raisins qui ont « meulé » (flétri NDLR). Malgré le stress hydrique, les vignes ne montraient pas de signe de fatigue mais les raisins ont parfois été touchés plus que ce que l’on pensait. En septembre la concentration a aussi enlevé un peu de volumes. Au final on se retrouve avec 5 à 10% de moins que les prévisions mais c’est une belle récolte".

Le Muscadet : le vin de l'Océan © Emeline Boileau

Les maturités phénoliques de 2020 étaient exceptionnelles (tout était mûr). Les raisins étaient fruités sans notes végétales. Les degrés sont bons sans être trop hauts. On retrouve une forme de Muscadet plus classique. "Les 2019 sont parfois hors normes parfois pas très loin des grenaches gris du Sud".

"Les 2018 et 2019 présentaient ainsi des notes de fruits confits et surmûris avec des alcools chaleureux un peu plus marqués qui parfois pouvaient surprendre.

En 2020, les vins montrent des notes de fruits frais avec des pointes végétales. Les bouches sont croquantes, riches sans être exubérantes, et les finales équilibrées".

Et pour les crus : "Sur les crus un peu tardifs comme Gorges et Clisson, on aura de très beaux profils de garde qui, aujourd'hui, évoquent les 2010".

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